La France, un pays qui revendique … ses droits !

Il y a 5 mois que j’habite en France. Vivre ici m’a permis d’apprendre la langue française et un petit plus sur sa culture. Si certains stéréotypes sur les français sont faux, leur réflexe de résister pour défendre leurs droits en est un que je confirme.

Cette semaine le sujet de toute l’actualité a été la grève générale du 5 décembre. Lorsque je n’ai pas eu du cours à cause de l’arrêt du transport public, j’ai décidé de suivre la manifestation. Je suis arrivé au centre-ville environ à une heure d’après-midi et j’ai pu vérifier que les Français possèdent vraiment ce qu’il faut pour vivre en démocratie c’est-à-dire le courage de descendre dans la rue pour manifester et réclamer ce qui leur est dû.

Selon le ministère de l’intérieur, plus de 800 000 personnes de tous âges ont marché à travers le pays en protestation contre la réforme ; des plus petits aux plus âgés, ils ont défilé en chantant et en lançant leurs slogans contre la dernière réforme des retraites, présentée par l’actuel président de la République Emmanuel Macron.

Le projet de réforme n’est pas une surprise puisque Macron avait annoncé clairement son désir d’uniformiser les règles de calcul des pensions dans le programme de sa campagne présidentielle. Néanmoins, rappelons ici les grands axes des changements qui dont ne veulent pas ces Français qui manifestent.

L’âge 

Bien que l’âge légal de départ à la retraite ne change pas (il restera officiellement possible de partir à 62 ans), le gouvernement a annoncé finalement un âge pivot à 64 ans. Plus tard le salarié part en retraite, plus le montant de sa pension sera élevé. Selon le rapport Delevoye cette mesure correspond à l’évolution de l’espérance de vie. En effet, l’âge moyen de départ se situe entre 63 et 64 ans.

Calcul 

Et ce n’est pas tout : un autre changement important concerne le calcul du montant de la retraite. Actuellement, pour calculer les pensions, on prend en compte les 25 années civiles au cours desquelles le salarié a perçu les rémunérations les plus élevées et on le multiplie par un taux de liquidation qui varie en fonction du nombre de trimestres cotisés.

A partir de cette réforme, ce système sera remplacé par un nouveau dispositif de retraite par point qui est déjà utilisé pour le régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco : ainsi le montant sera calculé à partir du nombre de points acquis au cours de la carrière. La pension en euros serait calculée en multipliant le nombre de points acquis par leur valeur de liquidation au jour du départ en retraite. Une valeur qui pourrait alors varier au fil des années en fonction de l’évolution des salaires ou de l’inflation, sur laquelle elle serait indexée.

D’après Macron, dans ce régime, chaque euro cotisé sera retenu pour le calcul de la retraite, contrairement à que se passe aujourd’hui où certaines heures travaillées ne sont pas prises en compte car elles ne permettent pas de valider un trimestre.

Uniformisation

Il y a d’autre importants changements dans le projet qui sont motifs de dispute. Macron souhaite aussi une uniformisation du système qui aujourd’hui compte 42 régimes distincts. Le plus compliqué de cette proposition s’applique aux régimes spéciaux (SCNF, RATP, EDF) : afin de bénéficier des mêmes avantages qu’aujourd’hui, ils devront cotiser plus, donc potentiellement travailler plus.

Pourquoi les Français ne sont pas contents de la réforme ?

Adele a 24 ans, elle est étudiante à l’IGR et fait un master 2 en international management. La jeune fille reconnait qu’il y un aspect inquiétant par rapport aux caisses de retraite : une fois qu’il y aura plus de personnes à la retraite que d’argent pour payer leurs pensions ; mais à son avis, la reforme présentée par l’exécutif n’est pas juste « Je suis contre la réforme car les retraités vont toucher beaucoup moins d’argent alors qu’ils ont travaillé toute leur vie pour ça »

Son opinion semble correspondre à la principale raison pour laquelle la majorité de la population n’est pas contente de la réforme. Pendant la manifestation, j’ai eu l’occasion de parler avec quelques manifestants. Jean-Marc est un homme de 56 ans qui travaille dans la poste ; il m’a dit qu’à son avis, si le gouvernent continue à repousser l’âge de la retraite, il y aura aussi une question de travail et d’emploi : « il n’y aura plus assez de place en CDI pour les jeunes dans le secteur public»

En discutant avec ma professeure de Français, Gabrielle Joly, j’ai compris que pour elle aussi, cette réforme était mal conçue et ne résoudrait pas les inégalités auxquelles elle prétend s’attaquer. Les personnes qui ont commencé à travailler tôt, qui ont eu des carrières pénibles, des parcours précaires, et notamment les femmes, seront toujours les grands perdants. Puisque le montant des retraites ne sera pas garanti dans la Constitution (le droit à vieillir dignement), il pourra fluctuer en fonction des crises et de telle ou telle décision de ministre. Enfin, pour les personnes qui perdent leur travail dans la cinquantaine et qui ne trouvent pas d’emploi, comme cela arrive de plus en plus à cause des restructurations dans les entreprises, l’âge pivot de 64 ans, s’il n’est pas accompagné de mesures sociales pour le chômage des séniors, risque de les faire sombrer dans la misère au moment d’aborder la vieillesse. Ce qui met les Français en colère, c’est que la minorité de personnes très riches, notamment les grands patrons, continueront à bénéficier de retraites exorbitantes, de régimes très spéciaux, alors que la grande majorité veut juste pouvoir être récompensée de son travail et vivre sa retraite dignement.

France versus Brésil

Ce qui se passe en France par rapport la réforme des retraites est finalement un problème mondial. Au Brésil, la nouvelle loi des retraites a été décrétée le 12 novembre. Selon cette loi, la plupart des salariés devront attendre l’âge de 62 ans minimum pour les femmes et 65 pour les hommes, avec de 15 et 20 années consécutives de cotisations. Pour les salariés de certains secteurs, il y a des régimes spéciaux : les professeurs du privé et du public devront cotiser pendant minimum 25 ans, indépendamment du sexe, mais l’âge de départ sera de 57 ans pour les femmes et 60 pour les hommes.

On peut conclure donc que la réforme des retraites est une tendance mondiale, mais la façon dont elle se passe dans les différents pays dépend de nombreux facteurs culturels et socio-économiques. Je sais bien qu’il y a un grand mécontentement parmi la population brésilienne par rapport au nouveau système, mais au contraire de la population française, la population brésilienne n’a pas assez montré ses revendications face à son gouvernement pour écrire une loi plus juste pour tous.

Références :

Droit-finance (site sur l’Internet). Réforme des retraites 2019 – 2020 : la retraite Macron :https://droit-finances.commentcamarche.com/faq/61908-reforme-des-retraites-2019-2020-la-retraite-macron

Réforme des retraites 2020 – Texte du projet de loi. Report officiel.

Le Monde. Réforme des retraites : 48 questions pour comprendre le débat :

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/12/02/reforme-des-retraites-48-questions-pour-comprendre-le-debat_6021344_4355770.html

Le Monde. Grève du 5 décembre : la SNCF en première ligne avec une mobilisation historique : https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/12/06/greve-du-5-decembre-la-sncf-en-premiere-ligne_6021897_823448.html

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